Si seulement on m’avait prévenu…Part 2

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Une fois sortie, la puéricultrice et mon mari ont pris la petite pour les premiers soins. La sage-femme quand à elle s’installait pour m’aider à sortir le placenta puis me recoudre. J’ai eu le droit à 3 points : une broutille comparé à certaines (2 en extérieur et 1 à l’intérieur). Pendant ce temps je regardais Lily et son papa, et j’ai eu ce réflexe de toucher mon ventre. Mes yeux se sont tournés vers lui et là, il est retombé comme un soufflé. Elle n’était plus là.

Pour la première tété, la petite s’énervait déjà. Une impatiente comme sa maman. C’était le début de la galère. Je suis restée debout dans la salle d’accouchement à la plus grande surprise de l’équipe qui me disais de rester couchée et me reposer pendant que ma fille était dans les bras de son papa. Je n’avais pas envie. Je me disais qu’il fallait que je me reprenne en main tout de suite. Quelle bêtise quand j’y repense ! Nous sommes revenues dans la chambre aux alentours de 5h20 du matin. Mon mari nous a souhaité une bonne nuit et est parti. Je me suis retrouvée seule avec elle. Je la regardais dormir paisiblement et j’étais épuisée mais je n’arrivais pas à fermer l’oeil. Les infirmières ont déboulées les unes après les autres. Je me suis assoupie vers 7h et là elles sont arrivées pour le petit déjeuner et surveiller mes points. Toutes m’ont dit pendant mon séjour que je cicatrisais bien, que j’avais une bonne peau, que la sage-femme avait fait du super boulot. Du coup je n’osais rien dire.

7h30 j’essaie de me lever. J’ai cette sensation bizarre dans le dos. Une infirmière vient prendre ma température (je suis montée à 39.8 pendant le travail). Je lui demande de regarder mon dos car j’ai l’impression qu’on a oublié de me retirer le cathéter. Elle me dit que non, que c’est sûrement dû à la péridurale. Je me lève car on me dit d’aller au pipi. Je n’arrive pas à mettre un pied devant l’autre. Le bas de mon corps est engourdi. Je me tiens au mur. On m’avait dit de faire pipi sous la douche (pour nettoyer les cicatrices et éviter une infection). Je me déshabille et me regarde dans le miroir. J’étais choquée. Qu’est ce qui m’étais arrivé ? Ok je venais d’accoucher, on ne perd pas son poids en 5 minutes. Mais j’ai réalisé que j’avais clairement merdé. Que j’avais vécu dans une bulle pendant 9 mois et que cette bulle venait d’éclater et que la réalité me frappais de plein fouet. J’avais mal. Des douleurs physiques mais aussi psychologiques. J’avais compris qu’il fallait que j’apprenne à écouter ce nouveau corps mais surtout à l’apprivoiser. J’avais cette sensation que mon corps ne m’appartenait plus. Que ma féminité s’était envolée. Que j’étais mère et plus femme.

J’ai commencé à allaiter ma fille. Personne, mais personne ne m’avait dit que l’allaitement provoquerait des douleurs ailleurs que dans la poitrine. Quand je pose la question aujourd’hui aux femmes autour de moi, on ose me dire « mais on voulait pas te faire peur ». J’hurlais en mon fort intérieur, je leur en voulait. Pourquoi laisser une femme souffrir comme ça ? Pourquoi ? On nous dit que le premier mois est difficile, qu’il faut s’accrocher. Ma fille n’ouvrait pas la bouche. Il s’était écoulé 6h entre sa naissance et ma première crevasse. J’en ai encore une cicatrice à ce jour. Et pourtant j’ai continué. Bout de sein, crème cicatrisante, miel médical. J’en souffrais. Notre utérus redescend petit à petit, et chaque allaitement provoque des contractions. Certes moins douloureuses que celles que j’ai eu avec le déclenchement mais elles font mal. Cette douleur je pouvais m’en passer. J’avais tellement mal que je ne portais pas ma fille hors des tétés. Je m’en veux tellement aujourd’hui.

A chaque contrôle de sage-femme, je leur disais que j’avais mal, que ça me tirait. On me disait peut-être que les fils était trop serrées. J’ai fini par abandonner et ne plus rien dire. Ce qui m’importait c’est que ma fille se porte bien et moi je pouvais patienter.

Lors de ma sortie, j’ai demandé à mon mari de me déposer chez ma grande tante que j’ai toujours appelé mamie. Lorsque j’ai ouvert la porte elle était devant moi. Son regard surpris et plein de compassion, elle avait compris. Elle m’a prise dans ses bras et là tout est sortie. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Mon mari ne comprenait pas. L’idée de rentrer à la maison et de me retrouver seule m’effrayait. J’étais aussi lourde que lorsque je sus arrivée à la maternité : 98kg. Je n’avais rien perdu. Mes jambes étaient encore plus gonflées. Je n’arrivais pas à me déplacer parce que mes pieds étaient douleurs et que les points me brûlaient, tiraient.

J’ai continué à allaiter ma fille malgré la douleur. Il m’arrivait des fois de descendre au milieu de la nuit dans mon salon pour laisser mon mari se reposer. Un papa reposé, c’était un papa qui pouvait s’occuper de maman après sa longue journée de travail. J’étais tellement mal en point que je n’arrivais plus à remonter. Certains matin il me laissait en plein allaitement vers 6h30 et lorsque qu’il revenait vers 18h30 je n’avais toujours pas bougé. Il ne comprenait pas comment je pouvais rester au même endroit sans bouger, sans manger. Ma fille était collée à ma poitrine. Ce jour là, mon mari m’a demandé ce qui m’étais arrivé. Je ne comprenais pas. Il m’a dit : « ton corps !! Vas te regarder dans un miroir et va te peser ». J’avais perdu 14 kilos d’un coup. J’étais encore loin des 37 !

Je n’en pouvais plus. La chute des hormones, le retour, l’accumulation de fatigue. Je me plaignais pas au début, je prenais sur moi et je passais mes journée à être triste. J’ai malheureusement eu une hémorragie et une montée de fièvre deux semaines après être rentrée. Je me demandais quand est-ce que tout ça allait prendre fin. Je n’arrivais pas à apprécier la présence de cette petite princesse. Je me suis jamais senti aussi seule et désemparée de ma vie. Comment expliquer ça aux femmes qui m’entoure. A chaque fois que j’ai essayé, j’avais le droit à : « on est passé par là avant toi », « on s’est débrouillé toute seule aussi », « on en faisait plus que vous avant ». J’ai tout gardé pour moi. Quelle belle erreur.

J’ai reçu un appel de ma cousine qui est la grande soeur que je n’ai jamais eu, qui voulait avoir de mes nouvelles. Lorsqu’elle m’a demandé comment j’allais j’ai explosé en larmes au téléphone et je me suis confiée à elle. La première fois que ça me faisait du bien. Trois semaines se sont écoulées depuis la naissance de ma fille et je m’exprimais enfin. Je m’étais tellement renfermée sur moi-même à me dire qu’il fallait que je sois parfaite pour ma fille que je ne baisse pas les bras mais que je redevienne aussi la femme que j’étais pour mon mari que je m’étais complètement oubliée. J’ai vu tellement de couple exploser après la naissance de leur premier enfant que je pensais que c’était à moi de fournir tout les efforts et de partager mon temps. Elle a débarqué avec sa soeur et sa nièce en 15 minutes. Elles avaient compris que je faisais un baby blues et j’étais loin d’imaginer à ce moment là que ça allait se transformer en vraie dépression.

A la visite des 1 mois d’Elyssa, j’ai fait par à notre médecin des douleurs. Elle m’a demandé de m’installer pour vérifier tout ça. Elle en a été choquée. Elle m’a demandé pourquoi je n’étais pas allée aux urgences. Mes points s’étaient infectés. Je suis donc allée faire des examens et je les ai emmené à mon gynécologue. Je n’arrivais toujours pas à marcher normalement, je n’arrivais pas à m’asseoir et quand je m’asseyais, je ne pouvais plus me relever. Il m’a donné un traitement et m’a demandé d’être patiente. Il a repoussé ma reprise du travail car il a vu que je n’allais pas bien et que ce n’était pas juste physique. Il m’a conseillé de reprendre le sport malgré la douleur, d’aller marcher et que ça allait finir par m’aider.

Ni une, ni deux, je suis retournée à la salle de sport quelques jours plus tard. Quel bien fou ! Je mettais encore le pantalon en taille 46 mais tant pis, j’avais besoin de me défouler. Mes pieds ne rentraient pas dans mes basket. Ah oui j’oubliais, j’ai pris une pointure ! Au revoir petit 37 et jolies chaussures stockées à la maison.

J’essayais de reprendre ma vie petit à petit. Ma fille ne voulait plus de ma poitrine. J’ai continué à tirer mon lait puis je suis passée progressivement au lait en boite.

Elyssa-Noor ne faisait pas ses nuit. C’est normal à cet âge me direz vous. Je ne m’en inquiétais pas plus que ça. Ce qui me faisait très peur c’était ses pauses respiratoires la nuit. Elle en a fait depuis sa naissance et ce jusqu’a son RDV chez l’ostéopathe à ses 3 mois. Je n’en dormais pas. J’avais cette peur de dormir et de ne pas l’entendre. Un soir, c’était un samedi, j’ai cru qu’on allait la perdre. Plus de respiration, son pouls ralentissait, elle changeait de couleur. Dieu merci mon mari a eu le bon réflexe. Ce soir là je l’ai faite dormir avec nous. C’était sa première nuit : 10h de sommeil à 6 semaines. Quel bonheur pour elle et pour nous. Elle est restée dans notre lit 3 semaines.

Moralement j’avais encore des moments où je fondais en larme à la maison, dans la voiture, en plein course, chez la famille, à la salle de sport. Je me détestais. J’appréhendais le ramadan, la reprise du boulot, le mode de garde. Mon cerveau pensait en permanence.

Pourtant malgré mes efforts, j’ai dû mettre mes habits de grossesse jusque mi-juin. Je m’en voulais tellement. Lorsque l’on devait sortir le week end, au moment de m’habiller je finissais par m’énerver, pleurer au point de presque gâcher nos week-end. Merci à mon mari très patient qui avait a chaque fois les bons mots pour me faire du bien et me remonter le moral.

J’ai fini par me poser avec mon mari. On en a discuté et là je me suis dit qu’il fallait que je me reprenne. J’ai même pensé à consulter un professionnel pour ma dépression. Je m’estime très heureuse d’avoir un « support system » comme celui qu’il m’offre. Il m’a répété chaque jour de ma grossesse et chaque jour après mon accouchement à quel point il m’aimait et à quel point il me trouve belle.  J’ai donc décidé de me peser et j’ai mesuré les endroits de mon corps où je voulait perdre (c’est à dire partout). J’ai recommencé mon rééquilibrage alimentaire et mon programme de sport.

A date j’ai perdu 26 kilos. Je suis passé d’une taille 48 à l’accouchement à un 40. Mon corps est à jamais transformé. Des vergetures sur le bas du ventre que j’ai continué à traité (j’en ai surtout eu avec la perte de poids), sur le haut des cuisses, et sur la poitrine depuis quelques jours (je suis passé d’un bonne C à un E puis revenue à un D actuellement). Mes hanches sont très larges et ne reviendront plus jamais comme avant. Mes abdos se remettent en place petit à petit et mon ventre se retrace tout doucement. Il m’arrive de me réveiller à 6h du matin le week-end et de me rendre à la salle de sport pour me dépenser. Chaque petit effort compte.

La patience. J’ai réalisé tout les sens de ce mot ces derniers mois. Il ne faut pas s’attendre aux miracles. Nous ne sommes pas toutes égales face à la nature. Certaines prendront 5 kilos, d’autres 10 et certaines même 40. Mais nous n’avons pas la même morphologie ni les même gènes. Certaines perdront tout, d’autres mettront plus de temps et il  y en a même qui en reprennent pendant l’allaitement. Chaque femme est différente.

Nous avons mis 9 mois à former et sortir nos petits bout de chou, alors donnons nous au moins 9 mois à notre corps pour s’en remettre. Il ne faut jamais sous estimer la mémoire de son corps.

Si seulement on m’avait prévenu de tout ces changements, des douleurs possibles etc…peut être que j’aurais réagis différemment et que je me serais mieux préparée à l’après accouchement. J’ai perdu beaucoup de temps et j’aurais pu mieux profiter des premiers instants avec ma fille.

Je vous détaillerai mon programme alimentaire et sport dans le prochain article.

J’espère que cet article permettra ne serait-ce qu’à une personne de se sentir moins seule et de se dire que ce qui nous touche, touche aussi d’autres femmes. Qu’il ne faut jamais baisser les bras et surtout s’entourer des bonnes personnes.

Merci de m’avoir lu.

Tendrement,

Farah

 

 

 

5 commentaires sur “Si seulement on m’avait prévenu…Part 2

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  1. Coucou ma belle, je suis abonnée depuis le début et j’ai toujours trouvé que tu étais une très belle femme forte et motivée. Merci de te confier et de partager ton expérience avec nous. Tu es très courageuse par ton parcours et je te souhaite beaucoup de bonheur et de réussite.

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  2. Coucou ma belle, c’est linda. J’ai lu ton récit très émouvant. Tu m’as mis les larmes aux yeux. J’ai deux petits bouts de choux qui ont 4 et 7 ans. J’ai pas pris énormément de poids pendant les grossesses j’ai ai pris pas mal après et jai cumulé sur mes deux grossesses et c aujourd’hui que je me bouge lol 😊. J’avais bien 25 kilos a perdre la j’en suis a 11 de perdu hamdoullah. Pour l’après grossesse de ma première c’est vrai que ça pas été facile pas aussi difficile que toi mais pas facile quand même je te comprend ma pauvre. Qu’Allah preserve ta princesse et te preserve toi j’espère que tu reussira a perdre tout tes kilos mais sache que tu as était belle du début à la fin d’après ce que j’ai vu sur insta. Et tu as été bien courageuse masha ´Allah. Ton récit est bien inspirant et mériterai d’être lu par toute les jeunes maman qui s’apprête à avoir son premier trésor. Prend soin de toi et de ta fille. Embrasse ta maman pour moi 😘❤️❤️

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  3. Je commence à appréhender le jour J pour ma part, j’ai aussi la crainte que nous ne soyons pas prêts à accueillir Bébé dans de parfaites conditions s’il arrivait plus tôt que prévu. Mais je me rends compte qu’on pourrait se poser des questions, finalement, sur chaque instant de notre vie…
    je te remercie pour cet article Farah.
    Insta Smilily.ie

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